Affiche électorale du candidat israélien centriste Gadi Eisenkot à Ramat Gan, en Israël, le 15 octobre 2026 ( AFP / JACK GUEZ )
A l'opposé de Benjamin Netanyahu, maître dans l'art de la communication politique, l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot mise sur sa sobriété pour convaincre les électeurs israéliens à l'approche des législatives du 27 octobre, où il espère ravir le poste de Premier ministre.
Généralement habillé tout en noir, peu à l'aise en anglais contrairement à l'actuel Premier ministre habitué des plateaux de télévision américains, l'ancien général de 66 ans se refuse aux interviews avec les médias étrangers.
Dans la presse israélienne, il privilégie des réponses brèves, souvent sous forme de listes à puces, héritage d'une culture militaire qui a façonné toute sa carrière.
Cette réserve pourrait constituer son principal atout.
"Il existe en Israël un vaste camp dont l'objectif principal, lors des prochaines élections, est simplement que les choses se calment", explique à l'AFP Tal Elovits, chercheur au centre de réflexion israélien Molad.
"Responsable et ennuyeux"
"La classe moyenne (...) cherche quelqu'un qui aura l'air responsable, ennuyeux", ajoute-t-il. "Je pense qu'Eisenkot a cet attrait".
Chef d'état-major de 2015 à 2019, ce candidat bénéficie aussi d'une forte sympathie dans l'opinion depuis la mort de son fils Gal et de deux neveux durant la guerre à Gaza.
Le Parlement israélien sortant ( AFP / Guillermo RIVAS PACHECO )
Au coude à coude dans les sondages avec M. Netanyahu, il dit vouloir restaurer l'image à l'international d'Israël, fragilisée par la guerre dévastatrice dans le territoire palestinien, et les violences de colons qui se multiplient en Cisjordanie occupée.
Après qu'un maire français et une journaliste américaine y ont été passés à tabac ces derniers jours, il a dénoncé un "terrorisme juif sous les auspices du gouvernement" et promis d'agir.
Mais M. Eisenkot n'est pour autant ni un pacifiste, ni un propalestinien.
Pendant la campagne, il a ressorti de vieilles citations où Benjamin Netanyahu se disait - sous pression américaine et à contrecoeur - ouvert à l'idée d'un Etat palestinien. Pour mieux s'y opposer frontalement de son côté.
Au Liban, où il a officié lors de la guerre de 2006 contre le Hezbollah pro-iranien, il a été l'un des initiateurs de la "doctrine de Dahiyé", en référence au bastion du Hezbollah en banlieue de Beyrouth largement pilonné sous son commandement.
Une stratégie de représailles massives, partant du principe que le mouvement dissimulait armes et combattants au milieu des habitants et infrastructures civiles, qui a également été appliquée à Gaza.
Fils de juifs marocains et élevé dans un milieu modeste à Eilat, dans le sud, Gadi Eisenkot pourrait devenir le premier chef de gouvernement séfarade (juifs originaires d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient).
Un point de plus qui l'oppose à Benjamin Netanyahu, pur produit de l'élite ashkénaze, les Juifs d'origine européenne historiquement dominants dans les institutions israéliennes.
Vaincre le Hamas en "18 mois"
Ses origines sont revenues au premier plan lorsqu'un commentateur de la chaîne pro-Netanyahu Channel 14 l'a qualifié de "singe" manipulé par des "élitistes ashkénazes".
Le candidat centriste au poste de Premier ministre Gadi Eisenkot (g) et l'actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu apparaissent sur des écrans installés sur un pont enjambant une rue de Ramat Gan, en Israël, le 20 octobre 2026 ( AFP / Jack GUEZ )
Bien que le terme puisse aussi désigner un "bouc émissaire" en hébreu, ces propos ont été vus par certains comme une attaque raciste et ont été vivement condamnés, y compris par M. Netanyahu.
L'ancien général a riposté par une campagne d'affichage dénonçant les discriminations envers les Séfarades, et son parti a accusé Benjamin Netanyahu de marginaliser les représentants séfarades du Likoud.
Récemment dans un même week-end, il a promis à des militants LGBTQ+ à Tel-Aviv de renforcer leurs protections légales, et défendu la colonisation en Cisjordanie occupée devant des représentants du sionisme religieux - "à condition qu'elle se fasse en accord avec la loi".
Laissant ainsi entendre qu'il n'incluait pas les avant-postes non autorisés même par Israël, généralement des tentes ou des caravanes, où vivent les colons les plus radicaux.
Sur Gaza, il s'est engagé à mettre fin au pouvoir du Hamas "dans les 18 mois" s'il était nommé Premier ministre.
Parmi ses priorités figure aussi une commission nationale d'enquête sur les défaillances sécuritaires ayant permis l'attaque sanglante du Hamas du 7 octobre 2023, réclamée par de nombreux Israéliens.
Et face au ressentiment de nombreux Israéliens après trois années de guerre sur de multiples fronts, il veut limiter les exemptions au service militaire dont bénéficient les ultra-orthodoxes.
Pour séduire le centre et les libéraux enfin, il promet de "protéger l'indépendance judiciaire, l'Etat de droit, les droits des minorités et la liberté de la presse".

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer